Le port d'un vêtement siglé «Manif pour tous» a conduit mercredi soir un groupe d'amis au commissariat pour «attroupement interdit».

La Manif pour tous continue visiblement à inquiéter les autorités. Mercredi soir, un groupe de jeunes a été interpellé en plein Paris par des CRS, la préfecture de police expliquant «qu'ils s'approchaient dangereusement de l'Élysée». Les jeunes gens envisagent de porter plainte pour «arrestations abusives».

C'est un groupe d'une vingtaine d'amis qui se sont donné rendez-vous sur les Champs-Élysées, mercredi soir, pour boire un verre. «C'est le 8 mai, si on fêtait la victoire?», se sont-ils envoyé comme texto. Certains sont des habitués de la Manif pour tous, d'autre n'y ont jamais mis les pieds. Ont-ils des signes distinctifs? Sont-ils menaçants? «Avec nos caméras de surveillance, nous avons repéré un jeune portant le sweat-shirt de la Manif pour tous», rapporte sans rire un porte-parole de la préfecture.

Pour les policiers, il n'en faut pas plus pour y voir un «attroupement interdit». «C'est en tout cas ce qu'ils nous ont dit en nous arrêtant, raconte Clothilde, une vendeuse de 23 ans. Nous on ne faisait que marcher, en discutant par petits groupes, quand une centaine de CRS nous ont foncé dessus». Selon la préfecture, les jeunes ont été interpellés car ils s'approchaient dangereusement de l'Élysée. «Ils se sont séparés en deux: un groupe a été bloqué au rond-point des Champs-Élysées, un autre été arrêté avenue Gabriel», indique la préfecture.

Main courante pour «manifestation interdite»

Cyprien, un étudiant de 23 ans, est sûr d'avoir été reconnu puis suivi par des RG, lui qui a déjà passé 44 heures en garde à vue après une Manif pour tous il y a trois semaines. «Dès que je suis sorti du métro, avec trois copains, un RG m'a interpellé: “mais qu'est-ce que vous foutez ici”. Je lui ai répondu que l'allais boire un verre avec des amis ; il ne m'a pas cru». C'est parce qu'il en avait marre, dit-il, d'être suivi, que Cyprien a décidé de se diriger vers les Tuileries, accompagnés par certains de ses amis. Avenue Gabriel, raconte-t-il, «dans leur précipitation les flics ont failli embarquer un couple de touristes étrangers, tout simplement parce qu'ils marchaient à côté de nous!»

Fouillés et poussés sans ménagement dans le fourgon, les jeunes - deux d'entre eux sont mineurs - seront conduits dans trois commissariats différents. Au poste du Châtelet, «l'OPJ m'a dit: “je ne sais pas quoi faire, je ne sais pas pourquoi vous êtres là”», raconte Matt, 16 ans. Le lycéen et ses amis écoperont d'une main courante pour «manifestation interdite». Quant aux autres, après une courte halte aux commissariats des IIIe et XVIe arrondissements, ils seront relâchés après une simple vérification d'identité.

«Depuis quinze jours-trois semaines, il faut savoir qu'il y a régulièrement des actions semblables, se justifie le porte-parole de la préfecture. Avant-hier soir, par exemple, des jeunes ont bloqué la rue de Rivoli pendant 10 minutes. Une quinzaine d'entre eux a été interpellée. Nous, on ne fait que notre boulot : on ne peut pas laisser des jeunes déambuler à 20 mètres de l'Élysée».

Mais ces «interpellations abusives» ne font qu'exaspérer encore davantage le groupe d'amis. «Quelle paranoïa, ce préfet de police! lance Cyprien. Cette violence ne fait que radicaliser des gens biens élevés comme nous». Pour les organisateurs de la Manif pour tous, «ça dépasse les bornes!». «Cela montre l'extrême fébrilité de l'exécutif avant la grande manif du 26 mai, affirme Caroline, l'une des responsables. Alors même que nous maintenons le caractère pacifique et légal de l'ensemble de nos actions». Les 24 jeunes interpellés mercredi soir envisagent de porter plainte pour «arrestations abusives» et «délit de faciès».

Source : Le Figaro